25/04/2008

Joe Hill : Le costume du mort

 

     

Judas Coyne, est une star du rock. La cinquantaine passée, son groupe séparé, il vit dans une belle ferme avec  Marybeth âgée d’une vingtaine d’années. Son style plutôt sombre, fait qu’il reçoit assez souvent de la part de ses fans des objets plutôt curieux : la corde d’un pendu, des bouquins de sorcellerie, et même un snuff movie. Il avait choisi cette tendance alors à la mode, et avait revêtu l’image du chanteur morbide comme un nouveau pantalon, ça l’amusait quand même pas mal, et il gardait tout ces objets pour monter une petite collection. De fait un beau jour il reçoit un mail qui l’averti que sur un site semblable à celui d’Ebay, un fantôme va être mis en vente, sachant son penchant pour les objets ayant un lien avec la mort et/ou le surnaturel, l’auteur du mail pense que l’offre pourrait l’intéresser. Danny l’agent de Jude l’appelle pour lui faire lire l’annonce :

Extrait:

« -« Achetez le fantôme de mon beau-père, lisait Danny. C’était un homme âgé et il est mort subitement il y a six semaines. Il habitait avec nous, à ce moment là. SDF, il allait chez les uns chez les autres, en séjournant un mois ou deux avant de repartir. Pour tous les membres de sa famille, ce fut un choc, surtout pour ma fille, qui était très proche de lui. Personne ne s’y attendait. Il est resté très actif jusqu’à la fin. Jamais il ne restait campé devant la télé. Il buvait un verre de jus d’orange tous les jours. Il avait gardé toutes ses dents. »

-C’est un canular, lança Jude .

-Je ne crois pas, dit Danny, avant de poursuivre.

« Deux jours après son enterrement, ma petite fille l’a vu assis dans la chambre d’ami, qui se trouve juste en face de la sienne. Après ça, elle n’a plus voulu rester seule dans sa chambre, ni même monter à l’étage. Je lui ai assuré que son grand-père ne lui ferait jamais de mal mais elle m’a dit qu’elle avait peur de ses yeux. Selon elle ils étaient tout raturés de noir et ne pouvaient plus rien voir. Depuis, elle dort avec moi.

Au début, j’ai cru qu’elle se racontait juste une histoire pour se faire peur, mais ce n’est pas tout. La chambre d’ami est glaciale en permanence. J’ai fureté un peu partout dans la pièce et j’ai découvert que c’était dans la penderie que le froid étau tek plus intense, là où est pendu son costume du dimanche. Il voulait qu’on l’enterre avec, mais quand on lui a passé le costume au dépôt mortuaire, il ne lui allait plus. Les corps se recroquevillent un peu après la mort, faute d’hydratation. Il était devenu trop grand pour lui. Les employés des pompes funèbres nous on conseillé d’acheter l’un des leurs et, bêtement, j’ai accepté.

[…]

Mon beau-père s’est toujours adonné au spiritisme. A mon avis, il est revenu pour montrer à ma fille que la mort n’est pas une fin. Mais elle a seulement onze ans ; à cet âge, elle a besoin de mener une vie normale et de dormir dans sa chambre, pas dans la mienne. J’ai bien réfléchi. La seule solution pour nous, c’est de trouver quelqu’un qui veuille bien l’accueillir. Après tout, le monde regorge de gens qui ont envie de croire en une vie future. Eh bien j’en détiens la preuve.

Je vendrai donc le fantôme de mon beau-père au plus offrant. Evidemment, c’est une façon de parler. Une âme, ça ne se vend pas, mais d’après moi, il viendra volontiers chez vous et y restera, si vous lui faites bon accueil. Quand il est mort, comme je vous l’ai dit, il n’avait pas de maison à lui et n’était chez nous que de passage. Je suis certaine qu’il ira volontiers là où on voudra bien de lui. N’allez pas croire qu’il s’agisse d’une arnaque ou d’une farce de mauvais goût et que je prendrai votre argent sans rien vous donner en échange, si vous êtes acquéreur. Non, vous aurez droit à du concret. Je vous enverrai son costume du dimanche. Si son esprit est attaché à quelque chose, c’est bien à cela.

C’est un très beau costume, à l’ancienne qui sort de chez Great Western Tailoring, noir à fines rayures » et patati patata…

Danny interrompit sa lecture.

-Visez un peu les mesures, chef, remarqua-t-il en pointant son doigt sur l’écran. Pile votre taille. L’enchère est à quatre-vingt dollars. Si vous avez envie de posséder un fantôme, il est à vous pour cent dollars, dirait-on.

-Tope-là dit Jude.

-Sérieux ? On y va pour cent dollars ?

Jude scruta quelque chose sur l’écran en plissant les yeux. Juste en dessous de l’annonce, une pastille disait « MILLE DOLLARS ET IL EST A VOUS ». Et, plus bas, Cliquez pour acheter et suspendez l’enchère !

-Allons-y pour mille, marché conclu, lança Jude, et posant son doigt dessus, il tapota l’écran. »

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Eric Faye: le syndicat des pauvres types

        

Antoine Blin n’est pas monsieur tout le monde, Antoine Blin est pire que ça, il est monsieur personne. Il n’a pas d’amis…enfin si, deux, un couple prétentieux qui ne lui adressent la parole que quand ils ont besoin de lui : pendant qu’ils sont en vacances Antoine Blin garde leur appart. Il travaille de nuit au centre de tri, il vit seul dans un petit appart qui respire son ennui. En parlant de respirer, Antoine respire une drôle d’odeur depuis le début de cet été caniculaire. Antoine Blin pue, il pue la médiocrité, il pue la solitude, il pue le désarroi des hommes seuls, cette odeur le suit partout, il a peur que les autres le sentent et le rejettent encore plus. Antoine Blin est un pauvre type et alors qu’il se repose sous son arbre préféré dans le parc, on le reconnait. André Denner a reconnu en lui le pauvre type, il le sait parce qu’il en était un, parce qu’il en voit tout le temps, parce qu’il œuvre pour le syndicat des pauvres types. Denner va lui proposer son aide. Antoine Blin en a marre en effet d’être un pauvre type, et il veut prendre sa revanche, pisser dans l’aquarium de ses amis en leur absence ne suffit plus. Mais  alors qu’on lui propose une action grâce au syndicat, un geste révolutionnaire, La Chaîne lui propose de participer à l’élection de Monsieur-tout-le-monde, on lui fait miroiter un monde de paillette, plein d’avantages alléchants…Quel moyen choisira-t-il pour prendre sa revanche sur le monde, pour ne plus être un pauvre type ? La lutte engagée ou la soumission à la société de consommation ?

 

Extrait

"-Oui ? Qui est-ce ?

-Monsieur Blin, mon nom ne vous dira absolument rien. Je m’appelle André Denner. Nous nous sommes croisés tout à l’heure, au square. J’aurais à vous parler personnellement, si vous voulez bien m’accorder quelques instants.

Antoine Blin ne répond pas. La curiosité qui monte en lui va l’emporter sous peu. Il va ouvrir, reconnaître l’individu qui a marqué un temps d’arrêt et s’est tourné vers lui. Comment son odeur, se dit-il, a-t-elle pu pousser quelqu’un à monter chez lui, si haut, par cette chaleur ? Oublie ça. Qu’il entre. Laisse-le parler, permets-lui de s’asseoir et fais mine d’être aimable, il vient de gravir cinq étages, et sers-lui, non propose-lui un verre.

-Vous êtes bien Antoine B lin , né le 30 juillet 1962 ? Je n’ai rien à voir avec la police, rassurez-vous. Je ne suis ni huissier, ni détective, ni agent d’assurance. J’ai simplement à vous parler. Vous permettez ?

-Faites, entrez…je n’ai pas beaucoup de temps pour vous, je dois aller travailler bientôt.

-Vous êtes ?

-Employé des postes, au tri. J’y vais tard, le soir. Vous voulez un verre d’eau, une bière ?

-Ce n’est pas de refus. Une bière suffira, merci.

-Asseyez-vous.

Deux hommes s’observent. Antoine voit depuis un certain temps le début de sa quarantaine fuir, l’autre doit la voir approcher.

-Je m’excuse de faire intrusion chez vous monsieur Blin. En vous voyant sur le banc, tout à l’heure, je vous ai reconnu.

-Reconnu ? Votre visage ne me dit rien mais ma mémoire ces temps-ci…Où donc …?

-C’est une image, seulement une image, monsieur Blin. Je vous ai reconnu comme faisant partie des nôtres. Voilà. Nous autres, lorsque nous rencontrons quelqu’un comme vous, comment vous dire…Nous cherchons intuitivement quel enfant il a pu être dans la cour de l’école, avec encore en lui les espoirs, les émerveillements qu’il perdra un à un. Nous remontons avant la catastrophe. Avant le moment où Mozart a été assassiné, vous me suivez ? Quand l’enfant croit encore en lui. A ses chances, sans imaginer qu’à son âge, la plupart des portes sont déjà closes. Je sais Mozart ne se laisse pas assassiner en un jour. Il meurt par empoisonnement lent, continue d’agoniser en nous toute la vie. Mais comprenez-moi bien, écoutez et ne vous offusquez pas. Vous êtes, comme moi, un pauvre type. Nous sommes des pauvres types et avons tout intérêt à unir nos défaites respectives pour tenter de vivre malgré tout. Si nous acceptons de regarder la réalité en face, si vous acceptez de le faire dès aujourd’hui comme je l’ai fait, il y a un certain temps, vous changerez. Vous ne serez plus seul à seul avec le mépris des autres, des riches, des bluffeurs, des bien-pensants et de ceux qui ont le cul bordé de nouilles, n’est-ce pas . Je vous le dis en face, là, vous êtes un pauvre type, et vous ne répondez rien. Vous ne me flanquez pas dehors. Vous ne rougissez pas. Vos poings ne se serrent pas. Vous pourriez exiger des excuses, m’envoyer un pain dans la gueule ; je suis tout de même venu vous insulter chez vous, dans votre seul espace de tranquillité, où le salariat, et la hiérarchie vous foutent à peu près la paix. Et je remets ça, écoutez bien : Vous êtes un pauvre type, Antoine Blin. Vous n’avez pas réagi, vous ne cillez pas. C’est à croire que vous saviez ce que je vous dis. Vous comprenez que je ne suis pas venu vous insulter, que je suis là pour tout autre chose."

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01/04/2008

"Cul de sac" de Douglas Kennedy

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C’est l’histoire de Nick un petit journaliste, qui vit une vie assez médiocre et qui décide pendant ses congés de partir en Australie tailler la route, et ce après en avoir trouvé une vieille carte chez un bouquiniste. La rareté du réseau routier l’intrigue, et la description des paysages sublimes par les guides l’émerveille. Après s’être bourré la gueule, entre deux hoquets au-dessus des toilettes il prend sa décision : il vend sa bagnole, prend ses économies de 5 ans téléphone à son employeur pour se « décommander » et prend l’avion. Sauf que ce que Nick va vivre sera tout sauf sublime et éblouissant. D’emblée il se retrouve confronté à ce qu’on pourrait appeler communément des péquenauds, clope baveuse aux lèvres avachis devant des stripteaseuses à la chair triste. La chaleur est aussi insoutenable que la mentalité du coin. Mais Nick va tout de même prendre la route avec un beau combi qu’il achète sur place. Mais alors que sur la route déserte il s’arrête faire le plein, il tombe sur Angie, une grande fille bien charpentée, assez jolie. Il la prendra en stop. Et les emmerdes commencent. Il va se retrouver dans la quatrième dimension, et va vivre un véritable cauchemar. Je ne vous dis pas quoi, je vous laisse découvrir ce thriller par vous-même parce que c’est un régal, un petit bijou de noirceur comme on aime.

 

Extrait:

"A deux heures de route de Darwin, je me suis farci mon premier kangourou. Il faisait nuit noire. Et aussi noire que ça, je ne pensais pas que c’était possible. La conduite de nuit en rase campagne, je l’avais abondamment pratiquée, dans mon Maine natal, mais là…rien à voir. Et ce n’était pas un vain mot ! Pas de line, pas de lampadaires, pas de phares de bagnoles venant en sens inverse. Pas même la plus petite lueur d’étoile dans ce putain de ciel complètement bouché. Le noir absolu. Et pourtant, toutes les deux ou trois bornes, le pinceau de mes phares en faisait surgir deux points phosphorescents, à quelques dizaines de mètres devant mon pare-chocs - une paire de prunelles, qui semblaient flotter dans l’opacité du néant. Chaque fois, je sentais mes mains se crisper davantage sur le volant. Quelque chose était là,  l’affût. Et la proie c’était moi.

Et puis, il y eu ce bruit écœurant contre le pare-chocs, à l’instant où je percutais un obstacle invisible. Le klaxon s’est mis à hurler en continu.

Complètement speedé à l’adrénaline, j’ai jailli du combi. J’aussi pas dû. La première chose sur laquelle j’ai posé le pied a été le corps du délit - ou plutôt, celui d’un solide kangourou, un mètre cinquante au garrot, désormais sans vie…J’ai fait un bon pour l’éviter. Ca non plus j’aurais pas dû. Le bestiau nageait dans une mare de sang et j’ai atterri en plein milieu. Mes semelles ont dérapé. Une faute de carres et je me suis reçu sur le cul. A mes quelques paires de côtes endolories, je pouvais maintenant ajouter un coccyx en marmelade. Me relever a été du sport, mais la douleur de me hisser sur mes pieds valait largement le plaisir douteux de rester vautré sur un kangourou au cou incliné à quatre-vingt-dix degrés, qui continuait à pisser le sang par les naseaux. Je me suis traîné jusqu’à la portière et, après avoir localisé ma lampe torche, je suis allé inspecter les dégâts. Ca se résumait à peu de chose : un phare kaput et un sérieux pet dans la calandre et le pare-chocs. Je m’en tirais plutôt bien, vu la réputation qu’on faisait aux kangourous-tamponneurs…J’avais dû choper le mien en plein bond et l’envoyer dinguer hors de la trajectoire du combi. Si je l’avais pris de plein fouet, l’avant du VW aurait maintenant un petit air d’accordéon bavarois…j’aurais dû m’estimer heureux, mais j’étais furax. Furax de m’être oublié à enfreindre une des règles cardinales de l’Outback : ne jamais rouler après le coucher du soleil. Tous les guides étaient pourtant clairs sur les dangers inhérents à la conduite nocturne, et insistaient lourdement sur le risque majeur que constituaient les kangourous errants. Mais tout à ma hâte d’essayer mon nouveau jouet, j’avais jeté la plus élémentaire prudence aux orties- et complètement négligé de me faire à la conduite à gauche. Moins d’une heure après être devenu l’heureux  propriétaire du combi, j’avais réglé ma chambre d’hôtel, acheté quelques provisions et quitté Darwin bille en tête. Trop de précipitation nuit. J’aurais dû m’en souvenir…Encore une connerie à mon actif."

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19/02/2008

Alain Robbe-Grillet est mort hier (réédition de la note sur son roman "les Gommes")


Les Gommes
Un roman d’Alain Robbe-Grillet (1953)

Daniel Dupond aurait été assassiné par des terroristes. L’inspecteur Wallas arrive dans cette ville dont on ne connaît pas le nom pour enquêter sur ce meurtre étrange…d’autant plus étrange qu’il n’y a pas de cadavre. Daniel Dupond est-il vraiment mort ?
« Quel est l’animal qui est parricide le matin, inceste à midi et aveugle le soir ?" Qu’est ce que Wallas est venu faire dans cette même ville avec sa mère étant petit ? Pourquoi le commissaire Laurent dit que  "le coup de pistolet qui a tué Daniel Dupont est parti d'un autre monde !" ? Quel témoin se cache derrière le rideau au curieux motif ? Wallas trouvera-t-il enfin la gomme qu’il cherche, "très douce et friable", dont il a vu autrefois un modèle. Le nom de la marque était à demi effacé, mais il subsistait la syllabe centrale. : ... di ... ?
Pourquoi la montre de Wallas s’est elle arrêtée à sept heures trente, heure présumée du meurtre ?
Suivez Wallas à travers les rues et les carrefours de la ville pour avoir les réponses à toutes ces questions.
Allain Robbe-Grillet est un auteur phare du nouveau roman, dont la fonction est de rénover le roman, de renoncer à l’illusion réaliste, reléguant les personnages au second plan au profit des objets et des lieux. Les Gommes est le premier roman de Robbe-grillet et un des tout premiers du genre (nouveau roman) et est très abordable dans le style, enfin…compréhensible je veux dire.

Extrait:
« On ne meurt pas si vite d’une petite blessure au bras. Allons donc ! Le patron soulève ses épaules pesantes d’un mouvement de refus mêlé d’indifférence : ils peuvent bien écrire ce qu’ils veulent, mais ils ne lui feront pas croire ça, avec leurs informations fabriquées exprès pour tromper le monde.
« Mardi 27 octobre. Un cambrioleur audacieux s’est introduit, hier à la nuit tombée, dans la demeure de M. Daniel Dupont, au numéro 2 de la rue des Arpenteurs. Surpris dans sa besogne par le propriétaire, le malfaiteur, en prenant la fuite, tira sur M. Dupont plusieurs coups de revolver… » La vieille est arrivée tout essoufflée. C’était un peu avant huit heures ; le café était vide. Non, il y avait encore l’ivrogne qui dormait à moitié dans son coin ; il n’y avait plus personne à emmerder avec ses devinettes : les autres avaient tous fini par s’en aller dîner. La vieille a demandé si elle pouvait téléphoner. Bien sûr quelle pouvait ; le patron lui a indiqué l’appareil accroché au mur. Elle tenait à la main un carré de papier qu’elle a consulté pour composer son numéro tout en continuant à parler : il n’y avait plus moyen d’appeler de chez elle, quelque chose de détraqué depuis samedi. « Chez elle » c’était la petite maison au coin de la rue, avec une haie autour. A qui s’adressait-elle au juste, c’était dur à dire. A lui probablement, puisque l’ivrogne se désintéressait ouvertement de l’affaire ; elle paraissait pourtant vouloir atteindre, au-delà, un auditoire plus vaste, comme une foule sur une place publique ; ou bien toucher en lui un sens plus profond que l’ouïe. Depuis samedi, et personne n’était encore venu faire la réparation.
-Allo ! Le docteur Juard, s’il vous plait ?
Elle criait encore plus fort que pour raconter ses malheurs.
-Il faut que le docteur vienne tout de suite. Il y a quelqu’un de blessé. Tout de suite, vous entendez ? Un blessé ! Allo ! Vous entendez !…
Elle, en tout cas, n’avait pas l’air d’entendre très bien. A la fin elle lui a tendu l’écouteur supplémentaire et il a du transmettre les réponses de la clinique. Sourde sans doute. Elle suivait les mots sur ses lèvres quand il parlait.
-Monsieur Daniel Dupont, 2 rue des Arpenteurs.
Le docteur connaît.
Du regard elle l’interrogeait.
Ca va il arrive.
Elle a continué, en payant sa communication à discourir avec précipitation. Elle n’avait pas l’air affolée, un peu surexcitée plutôt. En sortant de table M. Dupont avait trouvé un bandit dans son bureau – il y a des gens qui ont de l’audace- qu’il venait de quitter ; où la lumière était même restée allumée ! Qu’est –ce qu’il voulait, hein ? Voler des livres ?Son maître n’avait eu que le temps de bondir dans la chambre à côté, où était son revolver ; il avait eu seulement le bras effleuré par une balle ; Mais quand il était ressorti dans le couloir, l’autre avait déjà décampé. Et elle n’avait rien vu ni rien entendu, c’était le plus fort ! "

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17/01/2008

Julien Gracq "Le rivage des Syrtes"

J'ai un peu de retard, j'avoue que j'aurais voulu faire cette note le jour même de la mort de Julien Gracq, et je m'en souviens aujourd'hui parce que je viens de voir que Carlos est mort...oui j'ai honte.

J'ai pas lu énormément de Gracq, et pour tout dire je n'ai lu que "le rivage des Syrtes" dans le cadre d'un cours de lettres modernes que je suivais à Albi quand j'étais Djeunz. Mon premier livre à découper: vous savez, ces éditions qui vendent encore les ouvrages avec les pages encore soudées les unes aux autres par le haut, et qu'on devait découper soi même avec un coupe papier, comme autrefois. J'ai découpé et ouvert peu à peu le mien avec un couteau (oui je l'ai un peu charcuté), découvrant peu à peu les pattes de mouches qui allaient me faire souffrir lors de leur analyse littéraire. "Le rivage des Syrtes" fait remonter en moi cette première année d'étude à la fac loin de mes parents...enfin! Mon futur mari  venu en stop depuis Nîmes pour me rejoindre dans mon petit appartement d'étudiante. Il venait de m'offrir une mèche de ses longs cheveux parce que le lendemain il partait faire son service militaire. La  nuit passée dans un brouillard de cannabis, je sortais "Le rivage des Syrtes" pour lire à mon futur mari un passage de ce livre:  le narrateur et son amie sont allanguis sur un lit soudain submergé par des eaux métaphoriques:

"Parfois à mon côté, je la regardais s’endormir, décollée insensiblement de moi comme d’une berge, et d’une respiration plus ample soudain prenant le large, et comme roulée par un flot de fatigue heureuse ; à ses instants elle n’était jamais nue, mais toujours, séparée de moi, ramenait le drap d’un geste frileux et rapide jusqu’à son cou -son épaule qui soulevait le drap, toute ruisselante de sa chevelure de noyée, semblait écarter d’elle l’imminence d’une masse énorme : la longue étendue solennelle du lit l’enfouissait, glissait avec elle de toute sa nappe silencieuse ; dressé sur un coude à côté d’elle, il me semblait que je regardais émerger de vague en vague entre deux eaux la dérive de cette tête alourdie, de plus en plus perdue et lointaine. Je jetais les yeux autours de moi, tout à coup frileux et seul sous ce jour cendreux de verrière triste qui flottait dans la pièce avec la réverbération du canal : il me semblait que le flux qui me portait venait de se retirer à sa laisse la plus basse, et que la pièce se vidait lentement parle trou noir de ce sommeil hanté de mauvais songes. Avec son impudeur hautaine et son insouciance princière, Vanessa laissait toujours battantes les hautes portes de sa chambre : dans le demi-jour qui retombait comme une cendre fine du rougeoiement de ces journées brèves, les membres défaits, le cœur lourd, je croyais sentir sur ma peau nue comme un souffle froid qui venait de cette enfilade de hautes pièces délabrées ; c’était comme si le tourbillon retombé d’un saccage nous eût oubliés là, terrés dans une encoignure, comme si mon oreille dressée malgré moi dans l’obscurité eût cherché à surprendre au loin, le fond de ce silence aux aguets de ville cernées, la rafale d’une chasse sauvage. Un malaise me dressait tout debout au milieu de la chambre ; il me semblait sentir entre les objets et moi comme un imperceptible surcroît de distance, et le mouvement de retrait léger d’une hostilité murée et chagrine ; je tâtonnais vers un appui familier qui manquait soudain à mon équilibre, comme un vide se creuse devant nous au milieu d’amis qui savent déjà une mauvaise nouvelle. Ma main serrait malgré elle l’épaule de Vanessa ; elle s’éveillait toute lourde ; sur son visage renversé je voyais flotter au dessous de moi ses yeux d’un gris plus pâle, comme tapis au fond d’une curiosité sombre et endormie -ces yeux m’engluaient, me halaient comme un plongeur vers leurs reflets visqueux d’eaux profondes ; ses bras se dépliaient, se nouaient à moi en tâtonnant dans le noir ; je sombrais avec elle dans l’eau profonde d’un étang triste, une pierre au cou."

Résumé: 

À la suite d'un chagrin d'amour, Aldo se fait affecter par le gouvernement de la principauté d'Orsenna dans une forteresse sur le front des Syrtes. Il est là pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, le Farghestan. Aldo rêve de franchir la frontière, y parvient, aidé par une patricienne, Vanessa Aldobrandi dont la famille est liée au pays ennemi. Cette aide inattendue provoquera les hostilités... Dans ce paysage de torpeur, fin d'un monde où des ennemis imaginaires se massacrent, le temps et le lieu de l'histoire restent délibérément incertains dans un récit à la première personne qui semble se situer après la chute d'Orsenna. Julien Gracq entraîne son lecteur dans un univers intemporel qui réinvente l'Histoire et donne lieu à une écriture qui s'impose avec majesté, s'enflamme au contact de l'imagination. Pour Le Rivage des Syrtes Julien Gracq obtint en 1951 le prix Goncourt, qu'il refusa.

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15/01/2008

Mort aux cons

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Un roman de Carl Aderhorl.

« Contrairement à l’idée répandue, les cons ne sont pas réformables ; les campagnes de prévention ou les actions pédagogiques n’ont pas de prise sur eux. Une seule chose peut les amener non pas à changer, mais du moins à se tenir tranquille : la peur. Je veux qu’ils sachent que je les surveille et que le temps de l’impunité est révolu.

Je compte à mon actif cent quarante meurtres de cons. Afin qu’ils ne soient pas morts pour rien, je vous enjoins de lire ce manifeste. Il explique le sens véritable de mon combat ».

Ce roman nous raconte l’histoire d’un homme sans histoire qui un jour décide de ne plus se laisser emmerder. Tout commence avec le chat de la voisine : en le balançant par la fenêtre un soir de ras le bol. Il va vite se rendre compte que la mort du félin va faire parler les gens, des gens qui ne se parlaient pas ou peu avant ça. C’est alors qu’il décide de tuer des animaux de compagnie pour créer du lien social. Puis le déclic se fait avec la concierge puis avec Patinex  (le narrateur et son ami son entrain d’isoler un plancher):

Extrait:

« -Bonjour, c’est moi !

Il n’était pas très grand, plutôt petit en fait. Mais il émanait de lui, de son cou de taureau, de son torse massif et de ses muscles, de ses bras bien dessinés, une impression de force très grande. Le genre de type tout d’une pièce, qui sous un abord sympathique vous laisse pourtant un sentiment désagréable. Je devinai quelqu’un de franc et obtus dont les rapports avec les autres reposent sur une certaine façon directe et avenante, mais profondément lourde, de s’imposer.

Il arborait un vieux pantalon de survêtement et un tee-shirt usé à force d’avoir été lavé.

L’espace de quelques secondes, les traits de Jean-Paul se contractèrent en un rictus de contrariété. Il posa son cutter sur la table et prit son air le plus souriant.

- Bernard ! Laisse-moi te présenter nos amis qui sont ici pour quelques jours.

Jean-Paul se tourna vers moi et continua sur le même ton :

-Bernard est notre voisin. Notre sauveur, devrais-je dire, car dès qu’on a un problème dans la maison, Bernard est là pour nous aider.

Mais les grimaces qu’il me faisait démentaient la sincérité de ses propos.

L’autre me donna une poignée de main, comme on offre son amitié, mais j’eus plutôt l’impression qu’il essayait de me jauger.

-Enchanté !

[…]

Il examina nos travaux.

-Le polystyrène, c’est pas valable, finit-il par dire. A mon avis, ça ou rien, c’est à peu près pareil. Ou alors, t’aurais dû mettre des plaques de 12 minimum. Là vous avez posé du 8 ?

-Du 10

-Du 10 ? C’est pas assez. Vaut mieux de la laine de verre ? Ca c’est valable.

-Oui, je sais, s’excusa Jean-Paul. Mais on voulait pas se lancer dans trop de frais.

-Oh he, farceur ! Tu prends du Patinex 500. Pas du 100 parce que ça n’isole pas assez. Du 500. C’est pas très cher. 50 le kilo. Il t’en faut…Voyons voir….

Il sortit son mètre de sa poche de survêtement.

-1 mètre…Rends-toi utile. Tiens-moi l’autre bout, dit-il à Jean-Paul. 2 mètres…3 mètres…55…3 mètres 55 pour ici. Et là…1 mètre. 2 mètres…3 mètres..4 mètres…12. Combien j’ai dit déjà pour l’autre mur ?

-3 mètre 55, répondis-je.

-C’est bien. Y en a au moins un qui suit.(il rit).

[…]

Dix minutes plus tard, il nous avait convaincus (imposé serait plus juste) d’aller acheter son Patinex (à force de nous bassiner avec son « Patinex, c’est valable », nous finîmes, Jean-Paul et moi, par le surnommer ainsi entre nous), de défaire tout ce que nous avions déjà posé et de recommencer à zéro.

[…]

Patinex avait pris le chantier sous sa direction et semblait ne jamais vouloir le terminer. Il se sentait chez lui. Nous avions repéré qu’en fonction des heures de la journée, ses humeurs ou ses sujets de conversation étaient réglés comme la bulle du niveau.

Le matin était consacré aux plaisanteries vaseuses, aux jeux de mots idiots. Ainsi, quand il examinait ce que nous étions entrain de faire, il ponctuait ses remarques par « c’est du travail d’Arabe ». Certains jours, c’était au tour des Italiens ou des Marseillais de faire les frais de son ironie. Il y avait aussi une blague qu’il nous resservait très souvent. « Ces dames n’écoutent pas ? demandait-il avant de commencer. Bon. Vous connaissez la devise des bricoleurs ? Il vaut mieux l’avoir blanche et droite que black et d’équerre ! » (Rire).

[…]

Plus la journée avançait, plus son humeur s’assombrissait. Il se livrait alors à un certain nombre de réflexions, toujours les mêmes (sauf l’ordre changeait), où se mêlaient le souvenir de son trekking au Népal, la supériorité du chauffage au gaz sur l’électrique et la responsabilité de Mai 68 dans les problèmes actuels. Et même s’il nous demandait sincèrement notre avis, et écoutait les remarques de Jean-Paul (j’étais trop fatigué pour tenir un raisonnement), il ramenait les propos de mon ami à sa façon de voir les choses.

Après le mur, nous refîmes la cuisine, comme chez Nicole, sa femme, puis nous transformâmes la véranda en bow-window. Alors que nous touchions au but, il ne restait plus que quelques finitions, il nous annonça qu’il avait eu une grande idée :

Vu que la Ferme est devenue un palace, il me semble qu’il faudrait y ajouter la touche finale qui en ferait véritablement un château !

Jean-Paul et moi, nous nous regardâmes, atterrés et inquiets.

-A quoi pensez vous ? demanda Christine.

-à quelque chose qui donne un cachet à une maison. On voit ça dans les films.  Et de plus ce serait véritablement mon chef-d’œuvre car je n’en ai jamais construit avant.

-une mezzanine ?

- tu es le maillon faible Jean-Paul. Au revoir.

-Une cheminée ? Hasarda Nicole.

-Bravo, il y en a une qui suit !

[…]

Tout le monde garda un silence gêné. Jean-Paul et Martine cherchaient comment parer le coup sans vexer Patinex. Christine me regardait avec un air de compassion. Quant à moi, ma décision était prise.

Dans la nuit, je me levai sans faire de bruit et préparai ce qui était nécessaire à la réalisation de mon plan. Le lendemain matin, je le guettai devant la porte. Précis comme une horloge, il arriva à huit heures vingt-neuf.

Je lui expliquai que nous avions été dérangés toute la nuit par des bruits bizarres du côté du grenier.

-Des fantômes, lâcha-t-il en rigolant. C’est normal vu qu’on fait de la Ferme un château…

-Des rongeurs sans doute. J’ai pris l’échelle pour regarder à la base du toit, au niveau du grenier, mais je n’ai rien vu. Comme je n’y connais pas grand-chose, je me demandais si…

-…je ne pourrais pas jeter un œil ?....

Je fis oui de la tête, de l’air d’un adolescent sollicitant l’aide de son père.

-Pas de problème. Montre-moi où c’est.

Je fis le tour de la maison, et lui désignai l’échelle.

-Juste en haut, lui dis-je.

-ah c’es intellos…lâcha-t-il en commençant à grimper. Et Jean-Paul, il est où ?

-Il dort encore.

Quoi ? Avec tout ce qu’on a à faire aujourd’hui ! dit-il en riant. Tout ça c’est de la faute à Martine. Entre nous, elle m’a tout l’air d’avoir un sacré….

Il n’acheva pas. Son pied venait de se poser sur l’un des derniers barreaux que j’avais pris la peine de scier légèrement. Cela ne se voyait pas à l’œil nu, j’avais prévu qu’il se brise à la moindre pression. Patinex tomba de près de trois mètres de haut sur un tas de gravats dans lequel durant la nuit j’avais enfoncé des tiges de fer. Ces jours de bricolage n’avaient pas été totalement inutiles puisqu’ils m’avaient permis de préparer ce piège selon les règles appliquées par tout bon bricoleur : anticipation, rigueur et méthode. « Une question d’organisation », aurait dit feu Patinex. »

16:00 Publié dans Qu'est ce qu'on lit? | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note

19/12/2007

La maladie de sachs, de Martin Winckler

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Bruno Sachs est médecin à Play depuis quelques années déjà. Dans son bureau on voit passer  les vieux, les vieilles, les femmes angoissées et leurs enfants, les papas et maris inquiets. Ceux qui souffrent physiquement, ceux qui ont mal à l'âme, ceux qui n'en peuvent plus, ceux qui veulent y croire, ceux qui le font croire...mais qu'en est-il du médecin? Après avoir lu ce livre on n'est plus le même patient, c'est bouleversant et édifiant, on rit souvent de la mesquinerie et de la méchanceté des gens et des médecins aussi...on apprend beaucoup sur les hommes et leurs souffrances, et sur les moyens et surtout la manière de les soulager.

Petits extraits:

"Qu’est ce qui ne va pas ?

 

J‘ai mal au ventre.

Je perds mes cheveux.

J’ai une verrue.

Je vois plus d’un œil.

J’ai la tête qui tourne, ça serait pas la tension ?

J’ai mal au dos.

J’ai toujours soif.

J’ai mal au pied.

Ca me gêne de vous le dire mais j’au une douleur mal placée.

Je peux plus bouger.

Je saigne.

Je n’en peux plus.

J’ai un truc là, dans la bouche.Ca me fait peur.

Pourquoi venez-vous me voir ?

Parce que je ne sais plus quoi faire.

Parce que ça fait trop longtemps que ça dure.

Parce que ça ne peut plus durer.

Parce que je n’ai pas trop le choix, si ça ne dépendait que de moi, vous savez, les médecins, moins  j’en vois, mieux je me porte.

Parce que ma mère/mon père/mon patron/ma patronne/mon mari/ma femme/mon fils/ma fille/mes petits enfants/mes voisins/tout le monde m’a dit de venir, mais franchement, moi je sais que je n’ai pas besoin de médecin, c’est pas parce que je suis fatiguée que je vais mal, et puis, il faut bien mourir de quelque chose.

Parce que j’ai un rappel de vaccin à faire. Ca va faire mal ?

Parce que j’ai encore besoin de quelques séances de massages, ça m’a fait du bien et le kiné m’a dit que je pouvais vous en redemander, c’est vrai que j’ai moins mal, même mon mari me trouve plus détendue.

Parce que je suis pas retourné à la caserne hier, j’ai appelé pour dire que j’étais malade mais en fait je vais bien et j’ai besoin d’un papier.

Parce que j’ai peur que mon mari ait quelque chose de grave et qu’il n’ait pas voulu me le dire, alors j’ai décidé de vous le demander à vous mais bien sûr je lui dirai pas que je suis venue vous voir, vous pouvez me faire confiance !

Parce que j’ai grossi.

Parce que j’ai maigri.

Parce que je ne dors plus.

Parce que je dors sans arrêt.

Parce que je supporte plus mes gosses.

Parce que mon père m’a frappée.

Parce que je pleure  tout le temps.

Parce que j’ai des mauvaises idées.

Parce que je n’ai plus d’éther à la maison.

Parce qu’avec ma femme/mon mari/ma fille/mon fils/ma mère/mon père/ms frères et sœurs ça ne va plus du tout, surtout depuis la succession de ma grand-mère.

Parce que j’en ai marre de me crever le cul pour rien.

Parce que je n’ai que trente ans mais j’ai déjà mal partout.

Parce que j’ai déjà quarante ans et je commence à m’inquiéter.

Parce que j’ai passé la cinquantaine et il serait temps.

Parce que j’ai presque soixante ans et je voudrais que ça continue.

Parce que j’ai soixante-dix ans passés et mon fils se fait du souci.

Parce que j’ai bientôt quatre-vingt ans et je veux mourir chez moi.

Parce que j’ai quatre-vingt dix ans et vous savez, j’en ai marre de vivre.

Qu’avez-vous ? Eh bien, je ne sais pas, c’est à vous de me le dire ! Moi, je ne suis pas médecin."

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« Je ne veux plus le voir : la dernière fois, il a refusé de me prescrire mon médicament contre le cholestérol. Il dit que ça ne sert à rien et que c’est dangereux. Mais enfin, si les médicaments faisaient plus de mal que de bien, les docteurs n’en prescriraient pas ! Il dit que le cholestérol c’est moins grave que mon asthme et les cigarettes. Mais moi, je ne lui demande pas d’arrêter de fumer, je lui demande de soigner mon cholestérol. L’autre jour, il a dit : Moi je ne soigne pas le cholestérol, je soigne les gens, à votre âge vous avez tout le temps de mourir d’autre chose que du cholestérol. J’ai dit : Bon, si c’est tout ce que vous me souhaitez, et je suis parti. Non mais ! Pour qui il se prend ? Je sais quand même mieux que lui de quoi j’ai besoin. C’est qui le malade ? »

Ce roman a été adapté avec talent au cinéma par Michel Deville, avec Albert Dupontel dans le rôle du médecin. Je vous le conseille fortement!

04:55 Publié dans Qu'est ce qu'on lit? | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

05/12/2007

No Kids: quarante raisons de ne pas avoir d'enfant

Un ouvrage très drôle (un peu inégal du point de vue de l'humour cela dit) de Corinne Maier qui nous explique pourquoi il est préférable de ne pas avoir d'enfants.

Etant moi-même en pleine période de doute sur la natalité ma soeur m'avait offert cet été ce bouquin...Je ne prendrais pas la décision de pondre aussi facilement qu'on prendrait la décision de faire ses courses à carrouf juste parce qu'on a remarqué qu'il manquait un gosse à la maison...allez chéri on le rajoute sur la liste. Je considère que c'est un choix crucial et pour notre couple et pour le gamin que je mettrais éventuellement au monde. Menfin bon je me fais pas toute jeune non plus, je me trouve devant un choix difficile: d'un côté je me dis que je peux pas blairer les gosses, quand j'en croise un il me regarde avec des yeux effarés comme un lapin pris dans les phares d'une bagnole, et je n'éprouve aucune "attirance" ni affinité avec les enfants, qui en règle générale ont la faculté de me gonfler et de m'énerver assez rapidement...et bizarrement les gens pensent le contraire, ils pensent que les gossent m'adorent, et que j'adore les gosses... comme c'est drôle, ça c'est un truc que j'ai jamais compris,alors on me voit garder des mioches, on me voit prof ou instit. De plus je ne suis pas en bonne santé, de fait comme je suis pas débile j'essai un minimum de rester lucide sur ma capacité à me mouvoir avec un bébé, déjà que j'ai du mal à traîner ma propre carcasse. Et d'un autre côté j'ai pas envie de finir tatie Marie, la folle et son chat au fond du couloir qui a des toiles d'araignées dans les cheveux et qui gueule quand un gosse fout le bordel dans la cour (ouais les parents aujourd'hui ça sait plus faire taire un gosse, ça a peur de gueuler).

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Bref voici donc deux petits extraits de "No Kids"

 L’accouchement, une torture.

Les joies de l’accouchement sont une intox totale. Sauf pour certaines femmes, dont le corps, probablement, est profilé sur le modèle du tube, l’accouchement fait mal, Très mal, même. Certes, les secours de la péridurale (anesthésie locale) sont d’une grande aide, mais même comme ça, accoucher est loin d’être une partie de plaisir. Personnellement, accoucher est ce que j’ai vécu de plus douloureux, de toute mon existence, il est vrai assez protégée. Les femmes qui disent « l’accouchement a été le plus beau moment de ma vie » me sont suspectes : depuis que j’ai accouché, je sais qu’elles mentent. Certaines, plus prudemment, déclarent : « je ne me souviens de rien », ce qui signifie souvent « Je ne veux pas en parler ».

La réalité, c’est qu’accoucher dure des heures, parfois une journée entière,  qu’on est immobilisée comme un gros scarabée avec un tuyau planté dans le dos, que les contractions donnent l’impression que le ventre va éclater de l’intérieur …Un accouchement, c’est de la douleur, du sang et de la fatigue (et du caca aussi, parait-il, mais ça, c’est un cadeau pour la sage-femme ou le médecin)[…]

Mais le pire commence après l’accouchement. Le sentiment d’épuisement. Les plis sur un ventre qui ne sera jamais plus celui d’une jeune fille. Le face-à-face avec un brouillon d’être humain dont on va être responsable pendant d’interminables années. Michel Houellebecq évoque, dans « la possibilité d’une île » le « dégoût » légitime qui saisit tout homme normalement constitué à la vue d’un bébé. » En effet, un nourrisson qui vient de naître est laid à faire peur : face rougeaude et bouffie, traits inexistants, regard voilé d’une taie bleuâtre, tout en lui devrait nous inspirer la répulsion. Les jeunes parents, de plus en plus nombreux à orner leurs faire-part de naissance de photos de leurs rejetons, n’ont pas l’air de s’apercevoir qu’ils sont les seuls (avec leurs propres parents) auxquels ce type de clichés fait plaisir.[…]

 

Gardez vos amis

C’est bien connu, l’amour rend bête. L’amoureux qui parle de sa dulcinée pendant deux heures d’affilée, en énumérant ses qualités et citant ses bons mots, saoule tout le monde. Il en est de même du parent ébloui, admiratif devant le produit de ses entrailles, qui lasse son entourage par un excès de dévotion parentale. Oui, celui-là même dont Courteline disait : « Un des plus clairs effets de la présence d’un enfant dans un ménage est de rendre complètement idiots de braves parents qui, sans lui, n’eussent peut-être été que de simples imbéciles. »

Le désastre commence au stade du faire-part de naissance : ce n’est plus Evelyne et Jacques qui font part de la venue au monde d’Antoine, mais Antoine qui fait savoir qu’il est arrivé chez Evelyne et Jacques. Le parent émerveillée fait circuler sur internet des photos de famille mièvres, montre à qui veut (et qui ne veut pas) des films vidéos de son enfant pendant le bain ou déballant des cadeaux de noël. Il  circule avec un badge « bébé à bord » sur la lunette arrière de son auto : une sorte d’image pieuse des temps modernes, aussi utile qu’un gri-gri magique pour conjurer le mauvais sort.

Il prend au mot toute personne qui lui demande poliment « comment va le petit ? », comme on dirait « bonjour », sans attendre forcément de réponse. Car le parent gaga se sent obligé de tenir la terre entière au courant des progrès fulgurants de sa progéniture (« Oscar va sur le pot », « Alice fait ses nuits », « Noé  a dessiné un bonhomme de neige incroyablement ressemblant », « hier, Ulysse a dit Papa caca », « Malo passe en CM2 »)

Rien de plus limité que la conversation du parent sidéré parce qu’il a réussi à créer un être humain. Aussi lorsqu’un enfant paraît, les amis disparaissent. Il est vrai que c’est très vite le petit chéri qui répond au téléphone, ce qui fait qu’on a du mal à parler à ses parents : Jules organise un filtrage ultra efficace de tous les appels qui ne le concernent pas en raccrochant dès qu’il entend une vois d’adulte inconnue.

[…]

Avez-vous déjà rendu visite à des nouveaux parents accablés de jeunes enfants ? C’est effarant. Quand on arrive, vers vingt heure, les enfants ne sont évidemment pas couchés et sautent partout en criant. Pas moyen d’avoir une conversation tranquille entre amis, car leurs Gremlins vont et viennent en hurlant, font toutes les bêtises de la terre pour attirer l’attention, jettent des jouets sur les amuse-gueules. Tandis que les parents tentent de les calmer par de longues explications qui ne convainquent personne : « ma puce, il est vingt-deux heures et il est bon pour toi d’aller te coucher car le sommeil est réparateur », les invités se doivent de faire bonne figure et de ne pas montrer leur exaspération. Au bout d’une heure de charivari, l’invité se contient pour ne pas dire « Soit ils se calment, soit je me casse ».

 

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Confession d’une radine

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Un roman de Catherine Cusset.

Un petit livre marrant avec les anecdotes d’une radine qui souffre d’être si radine ! Enfin…quoi que…Ca se  gringotte comme un paquet de chips .

 

 

 

 

Quelques petits extraits :

« En septembre, à Paris, le téléphone sonne. La psychanalyste me demande de garder ses filles le samedi qui vient.

Rien ne peut m’enchanter davantage. La revoir, découvrir les lieux où elle vit, entrer dans sa chambre !

Je passe de pièce en pièce dans l’appartement ancien plein de livres. Je regarde. C’est sur son bureau que je remarque, négligemment posé entre la lampe et un coupe-papier le billet de cents francs. Il a l’air d’avoir été posé là…et oublié.

Pour laisser ainsi traîner cent francs, il faut ne pas faire attention à l’argent. Comment se rappellerait-elle ce billet ? D’ailleurs n’importe qui aurait pu le dérober : les petites filles, leur frère qui a mon âge ou la femme de ménage. C’est sans risque.

Je l’ai pris.

Pas mécontente de doubler ainsi mon salaire de baby-sitter.

Le soir, au moment de me payer, la psychanalyste m’a demandé de sa voix douce et rauque de fumeuse si je n’avais pas trouvé sur son bureau un billet de cent francs.

En rougissant j’ai répondu non. J’ai baissé les yeux. Il n’y avait plus rien à dire. »

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« Même pour mon mariage je n’y arrive pas. Ma grand-mère m’offre la robe : elle est prêtre à y mettre le prix. Mais je trouve scandaleux de payer une fortune un bout de tissu blanc porté un seul jour, de devenir la proie des vautours du bonheur.

Dans Paris pas cher j’ai repéré l’adresse d’une femme qui collectionne depuis vingt ans les robes de mariées. Elles s’entassent dans une pièce, chiffonnées, sales et déchirées. Une vraie salle au trésor. Je fouille, enchantée. Pour mille francs tout compris, j’obtiens : une longue robe en moire, un voile de tulle avec une couronne de petites perles en toc, de longues mitaines en dentelle et des boucles d’oreilles blanches clinquantes imitant la perle : un vrai déguisement de mariée.

« Alors, ta robe ? C’est pour voir la robe de mariée que les gens se déplacent ! » Me dit une amie bourgeoise.

L’idée ne m’avait pas effleuré l’esprit. Je ressaie ma robe six jours avant le mariage et m’aperçois qu’elle est trop étroite au niveau des hanches et forme des plis dans mon dos. A l’Eglise, c’est de dos qu’on me verra. J’apporte la robe chez un retoucheur qui décrète toute réparation impossible : il ne me reste qu’à maigrir. J’ai tout à coup des sueurs froides à l’idée de faire faire des centaines et des milliers de kilomètres à mes invités pour leur offrir le spectacle d’une mariée bon marché. »

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« Une amie m’invite à dîner chez elle. Elle s’est mariée huit mois plus tôt dans un des endroits les plus chics de Paris. Je n’étais pas en France et n’ai pas fait de cadeau. Elle possède sûrement tout : je ne vois pas ce que je pourrais lui offrir. J’entre dans la seule boutique bon marché du boulevard, où l’on ne vend que des choses laides. J’y trouve un objet laid et bon marché : un vase noir.

Un  vase, me dis-je, est toujours utile, pour des gens qui reçoivent beaucoup. Noir, c’est original. Avec la couleur des fleurs, ça peut être joli.

Je me rappelle le prix : quatre-vingt-neuf francs.

Sur la liste de mariage, il n’y avait sûrement rien pour moins de deux cent francs. Amie d’enfance, je ne pouvais décemment rien choisir au-dessous de quatre cent francs, même si je n’assistais pas au mariage.

J’ai donc économisé trois cent onze francs.

Mais cette constatation n’est que très moyennement satisfaisante car ce cadeau laisse en moi la cicatrice à vif du fer rouge de la honte : comme le vol commis chez la psychanalyste il y a quinze ans.

Le cadeau vous marque. Une amie qui n’achète rien sinon chez les meilleurs faiseurs s’exclame devant mon cadeau : « C’est mignon, tu es gentille. » Le mignon, voilà ma mesure…qui devient plus tard avec sa franchise coutumière : « Il y a chez toi un côté mièvre, cucul ; ça se voit dans tous ces horribles trucs que tu m’as offerts . »

Il  y a mieux : fabriquer le cadeau soi-même. La matière première est bon marché et le cadeau, unique.

Pendant des années je mets à profit mes petits talents pour Noël et les anniversaires. Je fais des tonnes d’économies. Pour ma grand-maman, je dessine au crayon ou à la plume des dessins que j’encadre dans des sous-verres découpés chez le quincailler, fixés au carton par de petites pinces bon marchés. Pour papa et maman, j’écris des romans que je recopie dans de jolis cahiers chinois noirs et rouges.

Très « Petite maison dans la prairie »

Non seulement je ne dépense rien sinon le prix du cahier ou du cadre mais je reçois en plus une moisson de compliments ; « elle est si douée ! Elle a tant de cordes à son arc : » Mes romans circulent. Mes dessins sont suspendus à côté des tableaux du salon. Ca me semble bien normal. »

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16/11/2007

"Doublez votre mémoire" Journal graphique de Philippe Katerine

 

C'est la première fois que j'écris une note sur un livre que je n'ai pas fini de lire. Mais je suis vraiment enthousiaste par la forme de ce journal, et par son contenu! C'est bourré de petits dessins, de collages, c'est publié tel quel avec l'écriture de Katerine, avec les fautes et les ratures. Il y a des jours où il écrit mieux que d'autres, le tout est très drôle, et très touchant, non seulement dans le récit, quand il évoque son opération du coeur, quand il a le sentiment que son père le prend en photo ou lui raconte une histoire pour la dernière fois,mais aussi quand il fait des croquis avec l'application d'un écolier, et que l'on voit à travers le feutre, le crayon à papier de l'esquisse par endroits,  feutre qui a  traversé et que l'on voit encore en tournant la page suivante, on a l'impression de tenir le journal original entre les mains. C'est vivant, ça me donne envie d'en faire un, de raconter en images mes rêves comme il le fait avec des petits dessins naïfs. L'ensemble est délirant comme ses chansons, c'est plein de poésie, bref j'adore! En plus il voue comme moi un certain dégoût voire une haine envers les oiseaux...j'aime cet homme! je me sens moins seule! Quelques extraits:

 

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