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05/12/2007
Confession d’une radine

Un roman de Catherine Cusset.
Un petit livre marrant avec les anecdotes d’une radine qui souffre d’être si radine ! Enfin…quoi que…Ca se gringotte comme un paquet de chips .
Quelques petits extraits :
« En septembre, à Paris, le téléphone sonne. La psychanalyste me demande de garder ses filles le samedi qui vient.
Rien ne peut m’enchanter davantage. La revoir, découvrir les lieux où elle vit, entrer dans sa chambre !
Je passe de pièce en pièce dans l’appartement ancien plein de livres. Je regarde. C’est sur son bureau que je remarque, négligemment posé entre la lampe et un coupe-papier le billet de cents francs. Il a l’air d’avoir été posé là…et oublié.
Pour laisser ainsi traîner cent francs, il faut ne pas faire attention à l’argent. Comment se rappellerait-elle ce billet ? D’ailleurs n’importe qui aurait pu le dérober : les petites filles, leur frère qui a mon âge ou la femme de ménage. C’est sans risque.
Je l’ai pris.
Pas mécontente de doubler ainsi mon salaire de baby-sitter.
Le soir, au moment de me payer, la psychanalyste m’a demandé de sa voix douce et rauque de fumeuse si je n’avais pas trouvé sur son bureau un billet de cent francs.
En rougissant j’ai répondu non. J’ai baissé les yeux. Il n’y avait plus rien à dire. »
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« Même pour mon mariage je n’y arrive pas. Ma grand-mère m’offre la robe : elle est prêtre à y mettre le prix. Mais je trouve scandaleux de payer une fortune un bout de tissu blanc porté un seul jour, de devenir la proie des vautours du bonheur.
Dans Paris pas cher j’ai repéré l’adresse d’une femme qui collectionne depuis vingt ans les robes de mariées. Elles s’entassent dans une pièce, chiffonnées, sales et déchirées. Une vraie salle au trésor. Je fouille, enchantée. Pour mille francs tout compris, j’obtiens : une longue robe en moire, un voile de tulle avec une couronne de petites perles en toc, de longues mitaines en dentelle et des boucles d’oreilles blanches clinquantes imitant la perle : un vrai déguisement de mariée.
« Alors, ta robe ? C’est pour voir la robe de mariée que les gens se déplacent ! » Me dit une amie bourgeoise.
L’idée ne m’avait pas effleuré l’esprit. Je ressaie ma robe six jours avant le mariage et m’aperçois qu’elle est trop étroite au niveau des hanches et forme des plis dans mon dos. A l’Eglise, c’est de dos qu’on me verra. J’apporte la robe chez un retoucheur qui décrète toute réparation impossible : il ne me reste qu’à maigrir. J’ai tout à coup des sueurs froides à l’idée de faire faire des centaines et des milliers de kilomètres à mes invités pour leur offrir le spectacle d’une mariée bon marché. »
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« Une amie m’invite à dîner chez elle. Elle s’est mariée huit mois plus tôt dans un des endroits les plus chics de Paris. Je n’étais pas en France et n’ai pas fait de cadeau. Elle possède sûrement tout : je ne vois pas ce que je pourrais lui offrir. J’entre dans la seule boutique bon marché du boulevard, où l’on ne vend que des choses laides. J’y trouve un objet laid et bon marché : un vase noir.
Un vase, me dis-je, est toujours utile, pour des gens qui reçoivent beaucoup. Noir, c’est original. Avec la couleur des fleurs, ça peut être joli.
Je me rappelle le prix : quatre-vingt-neuf francs.
Sur la liste de mariage, il n’y avait sûrement rien pour moins de deux cent francs. Amie d’enfance, je ne pouvais décemment rien choisir au-dessous de quatre cent francs, même si je n’assistais pas au mariage.
J’ai donc économisé trois cent onze francs.
Mais cette constatation n’est que très moyennement satisfaisante car ce cadeau laisse en moi la cicatrice à vif du fer rouge de la honte : comme le vol commis chez la psychanalyste il y a quinze ans.
Le cadeau vous marque. Une amie qui n’achète rien sinon chez les meilleurs faiseurs s’exclame devant mon cadeau : « C’est mignon, tu es gentille. » Le mignon, voilà ma mesure…qui devient plus tard avec sa franchise coutumière : « Il y a chez toi un côté mièvre, cucul ; ça se voit dans tous ces horribles trucs que tu m’as offerts . »
Il y a mieux : fabriquer le cadeau soi-même. La matière première est bon marché et le cadeau, unique.
Pendant des années je mets à profit mes petits talents pour Noël et les anniversaires. Je fais des tonnes d’économies. Pour ma grand-maman, je dessine au crayon ou à la plume des dessins que j’encadre dans des sous-verres découpés chez le quincailler, fixés au carton par de petites pinces bon marchés. Pour papa et maman, j’écris des romans que je recopie dans de jolis cahiers chinois noirs et rouges.
Très « Petite maison dans la prairie »
Non seulement je ne dépense rien sinon le prix du cahier ou du cadre mais je reçois en plus une moisson de compliments ; « elle est si douée ! Elle a tant de cordes à son arc : » Mes romans circulent. Mes dessins sont suspendus à côté des tableaux du salon. Ca me semble bien normal. »
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